Histoire fumante et confusion à Babylone

NEGRIL (Jamaïque) – Sans préavis, la police jamaïcaine a tenté d’annuler le festival annuel du cannabis, hôte de la Jamaica Cannabis Cup récompensant la meilleure ganja. Le matin de l’ouverture, le désordre régnait à Negril : tant chez la police que dans la population, les récents changements législatifs sur le statut de la marijuana amenaient leur lot de confusion. Explications.

Pour la première fois, le rendez-vous annuel des amateurs et des producteurs de cannabis, le “Stepping High Ganja Festival”, avait lieu dans un endroit public. « Pendant onze ans, nous annoncions l’événement une ou deux journées à l’avance, et le bouche à oreille était notre principal mode de promotion », explique Lyndon Connell, le directeur du festival. Mais cette année, fini la clandestinité pour les militants en faveur de la légalisation du cannabis : l’événement est annoncé sur Facebook et YouTube, des pancartes publicitaires ornent les poteaux d’électricité de Negril jusqu’à Montego Bay.

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« L’organisation fut nettement plus complexe que les autres années. Par exemple il a fallu louer un endroit plus grand et obtenir un permis auprès de l’intendant de la police locale », indique Lyndon Connell. Or, trois jours avant le début de l’événement, la police a décidé de révoquer le permis accordé aux  organisateurs,  sous prétexte que les activités annoncées outrepassaient le mandat original, celui d’un festival de musique.

M. Connell et son équipe ont alors cherché à comprendre pourquoi la police du Westmoreland, la paroisse la plus occidentale de la Jamaïque, suspendait le permis à un moment aussi névralgique, alors que l’autorisation datait d’un mois plus tôt. En débarquant  à Savanna-la-mar, chef-lieu de la paroisse,  ils découvrent qu’un nouvel intendant de police est entré en fonction. C’est ce dernier qui a  décidé de suspendre le permis, pour des raisons qui demeurent nébuleuses.

À qui la faute

Toutefois, selon la police, le permis n’a jamais été révoqué et il s’est agi simplement d’une rumeur sans fondement. Il fallait plutôt effectuer les vérifications d’usage pour émettre une autorisation officielle. Comme les activités du festival dépassaient les limites d’un mandat purement « musical », il fallait réviser les conditions d’octroi du permis. « Le processus a suivi son cours normal »  fut la seule réponse officielle.

De l’aveu de M. Connell une fois notre entrevue filmée terminée, « la ganja a été décriminalisée en février, mais il y a encore beaucoup de confusion autour du statut de la marijuana en Jamaïque ». Or, le samedi matin, jour de lancement du festival, alors que la rumeur courait bon train que l’événement avait été annulé, les employés rencontrés sur place blâmaient directement la police.

« Babylone cherche à nous faire taire, encore une fois!  » – Un responsable de l’aménagement rencontré le matin de l’ouverture.

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Le matin de l’ouverture, des employés attendent d’avoir le feu pour monter la scène.

Toujours à micro fermé,  à leur demande, plusieurs employés m’ont affirmé être convaincus que la police trouvait simplement qu’elle ne touchait pas assez d’argent pour la tenue  de ce festival. Ils y voyaient une forme de chantage administratif, un rappel de la force des autorités alors que les lois et les mentalités étaient en plein changement.

La victoire sur Babylone

À grands coups d’annonces tonitruantes sur la plage,  grâce aux sound systems montés sur le toit  de voitures qui sillonnaient les rues de Negril, la nouvelle s’est répandue que le Ganja Festival avait bel et bien lieu. Selon les organisateurs, plus de cinq mille personnes ont foulé le site durant la fin de semaine.

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Un participant à la Jamaica Cannabis Cup.

Les festivaliers ont pu entendre une vingtaine de groupes de musique et d’artistes qui se relayaient sur scène, découvrir une panoplie de produits dérivés du chanvre, déguster des plats de la cuisine ital (la cuisine végétarienne et biologique des rastafaris) et en apprendre plus sur les plus récentes technologies dans le monde du cannabis.

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Des spécialistes venus de Californie proposaient d’analyser des échantillons de cannabis.

Varun Baker était encore étudiant à l’Université des Indes occidentales (UWI) à Kingston lorsqu’il a eu l’idée de créer une application mobile mettant en contact direct les producteurs et les consommateurs de cannabis. Son projet est devenu Ganjagram, qu’il est venu présenter à Negril. Également, des spécialistes de la Californie et du Canada étaient présents sur place pour analyser les échantillons de marijuana des producteurs venus participer au concours annuel de la meilleure ganja, la Jamaica Cannabis Cup.

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Varun Baker, fondateur de l’application Ganjagram.

Le soir, plusieurs artistes sur scène galvanisaient la foule en clamant haut et fort leur fierté d’avoir «triomphé contre Babylone ». Pour M. Connell,  il s’agit certainement d’un succès sans équivoque, mais il ne crie pas victoire pour autant. « Il faut déjà penser à l’année prochaine, car cette année le festival s’est endetté pour grandir. » Satisfait de la tournure des événements malgré la frousse qu’il a eue, Lyndon Connell sourit d’anticipation: «La treizième édition sera encore plus grande et plus remplie de monde que cette année! »

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